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Relevés II, Favorinos d'Arles

Le journal Favorinus philosophus ainsi que le journal d'information
sont édités dans le cadre de l'exposition Relevés II (Favorinos
d'Arles). Le journal est gratuit et édité à 500 exemplaires.
Journaux édités par éditions Mix. et association Asphodèle.
Exposition Relevés II (Favorinos d'Arles) du 17 au 29 mai 2019.
https://devenir-dimanche.org/favorinos/
Page 3 : favorino / favorinus, A Constructed World,
synthetic polymer paint on linen and Solargil, styrofoam, mixed
media, 222 x 140 x 26 cm, 2019

Les Caillé.xes

La Mue, Camille Alena, 2 ans Extramentale

The Dose makes the Poison

Vous m'habitez infiniment

Ce que m'a dit la minute

Ce que m'a dit la Minute, une exposition d'Andréa Vamos 

2016-2017

Le titre de cette exposition provient d'un poème de Jean Cocteau dans lequel il fait parler le temps. La minute lui dit de savourer et de comprendre sa présence. Ce court poème fait écho à la démarche d'Andréa Vamos qui depuis plusieurs années travaille avec des pellicules de films, outil de capture de minutes et révélateur de moments. En effet, en 2006, après avoir trouvé de nombreuses pellicules dans une poubelle, Andréa Vamos commence une série d'installations en forêt. Elle ne cessera tout au long de ce projet qu'elle nomme Photosynthèsede photographier ses travaux, d'écrire à leurs propos et de dessiner ses idées. Une première exposition à la Kogan Gallery (Paris) 2015 intitulée ...j'y découvre une forêt de feu, avait été l'occasion d'exposer dans un espace clos ces assemblages de natures et de bandes plastiques. Cependant, avec Ce que m'a dit la minute l'artiste renoue avec son milieu artistique ; la nature. Andréa Vamos a voulu faire raisonner son oeuvre avec celle de Jean Cocteau qui a beaucoup été inspiré par la mythologie grecque, c'est pourquoi cette exposition trouve comme point de départ le mythe du fil d'Ariane. Le fil, pour ce projet se transforme en pellicule de film tandis que le labyrinthe est changé en forêt. Mais que deviennent Thésée et le Minotaure ? Il semblerait que la réponse apparaisse au détour de nos propres reflets. En plus de cette installation in-situ en extérieur, Andréa Vamos invite le visiteur à découvrir sa pratique. Dans une pièce à mi-chemin entre la salle d'archive et le prolongement de l'atelier de l'artiste est une opportunité d'admirer ses photographies, textes, recherches, dessins. Cette double dynamique intérieur/extérieur propre à l'exposition Ce que m'a dit la minute, permet une expérience empirique de l'œuvre d'Andréa Vamos qui active l'héritage narratif et poétique de Jean Cocteau ainsi que la relecture du mythe d'Ariane et une découverte plus théorique de la démarche de l'artiste. Car le projet Photosynthèse interroge des valeurs complexes de notre espace-temps actuel. Il questionne notre rapport à la Nature et les traces que nous en gardons, notre soif de technologie et notre transformation intrinsèque qui en résulte ainsi que notre peur de l'illusion et de la narration. L'ensemble des documents regroupés dans cette salle parle à notre raison, sans aucun doute, mais soulève également certaines couches du réel pour laisser apparaître d'autres mécanismes, qui restent bien trop souvent invisibles. Cette exposition souhaite activer notre raison, autant que nos sens et que notre imagination : ceci est une invitation.

Merci à Elsa Vettier

              La Sentence de la Corbeille, Edition de 100ex   Direction Artistique Claire Payen, Illustrations Camille de Cussac

Texte 1

Chers glaneurs,

Puis je vous appeler ainsi ? Peu importe, nous garderons les glaneurs. Parce- que tout a commencé avec ce verbe « glaner ».
Pourquoi avoir choisit cette action comme point de rencontre, comme ligne de départ ? Je crois que c'est après avoir observer le travail de chacun. Chez vous tous, je distinguais l'utilisation de morceaux. Restes pour les uns, fragments pour les autres. Un ami m'a raconté la différence entre les restes qui implique une soustraction, et les fragments, issus de la destruction.
Avec quoi jouiez-vous ?
Avec tout cela, sans vraiment vous en rendre compte. Il fallait alors vous réunir. Pour essayer de travailler ensemble, voir ce qui se passe . Je me souviens de ces premiers temps de réflexion ou nous tentions de définir ce que le glanage en tant qu'action artistique symbolisait pour nous. Avec de nombreux échanges, des silences et quelques brouillons, nous nous mettions d'accord pour faire du glanage une obligation d'échanges et de rencontres.
Aucun de vous n'a refusé de se frotter à ses camarades. Je voyais cela comme une prise de risque. En effet, vous acceptiez de mettre à mal vos pratiques individuelles, vous tolériez toutes les différentes envies qui venaient se cogner contre vous. Vous assumiez de devenir des montres à plusieurs têtes. Au mois de janvier, en plein milieu de l'hiver, nous nous sommes réunis et nous avons tout mis à plat. La maison dans laquelle nous travaillions devenait un immense établi sur lequel venaient se présenter des matériaux disparates, des techniques particulières, des images intimes, et des visions toutes personnelles.  Plus je rajoutais des bûches dans la cheminée, plus des liens se tissaient. Pourquoi Louise s'est elle accrochait à Flora ? Pourquoi Aliette a-t-elle eu envie de travailler avec Samuel ? Pourquoi Charly et Sophia ont-ils eu du mal à se séparer ? Qui est venu chercher qui ?  Il n'y a pas de notice à ce projet, ni de mode d'emploie, simplement le besoin et la curiosité de chacun, de se laisser modifier par les envies et les choix d'un autres, extérieurs, penseurs. Je vous voyais manipuler, essayer, abandonner pour trouver des formes plus justes et sincères.
Il fallait que les formes choisies et réunies par chacun d'entre vous s'accordent, fonctionnent. Et progressivement, des œuvres sont apparues. Œuvres comme des enfants d'une même famille, toutes différentes mais portées par les mêmes valeurs et avec des références similaires. Et puis quelque chose de très beau s'est produit, une confiance est apparue chez chacun d'entre vous. Confiance et croyance profonde dans la possibilité d'existence de notre exposition. Vous avez commencé à faire confiance à ces travaux, issus d'un même mouvement, ils dessinaient les limites du territoire que vous aviez sans vous rendre compte, tracé. Nous décidions alors de présenter ces œuvres toutes ensembles pendant une temps donné. Nous choisîmes le format de l'exposition. Les formes présentées étaient les plus fortes et les plus vaillantes, celles qui n'avaient pas mérité de finir à la corbeille, que celle-ci soit réelle ou numérique. Vous deveniez critique autant qu'artiste. Vous n'avez pas eu peur de renoncer si c'était pour mieux avancer.

Elle est née alors cette exposition, cette sentence de la corbeille, portant ses petits au nombre de 6.

A la fois habitants de ce territoire, vous avez aussi accepté de le quitter pour que celui-ci soit fouler par d'autres pas que les vôtres. Notre exposition m'apparaît alors comme un nouveau lieu, tout proche de nos petits jours. Ces petits jours c'est notre quotidien, notre réalité, et si celle si peut être vu comme un champs récolté régulièrement par d'autres que vous, vous avez su néanmoins y trouver de quoi faire. Il fallait faire preuve de patience, être observateur, travailleur et généreux. Tant mieux, c'est que ce vous avez été.
C'est bien joué.

Texte 2

« Nous sommes c'est admis, une époque aimant le fragment. Fasciné, passionné, écoeuré par le fragment. Préoccupé de lire dans le fragment les signes éclatés en petits miroirs, de sa nature et de ses aventures. »
Fernando Pessoa
La Mort du Prince

• Recueillir les épis de blé restés sur le champ après le passage des moissonneurs.
• R
écupérer de la nourriture à la fin des marchés ou dans les poubelles des supermarchés.
• Ramasser
çà et là des bribes pour en tirer parti.

Voici les trois définitions du verbe « glaner ». Si nous connaissons, par expérience ou par savoir les deux premières, la troisième définition est la plus intéressante, car elle indique quoi faire. Elle dit finalement qu'il faut ramasser, garder, collectionner, recréer. On peut ici y trouver un protocole, une manière de faire, un processus. 

L'artiste devient alors cette personne qui ramasse des fragments sur un lieu, l'artiste devient glaneur. Néanmoins, le glanage ne serait-il pas le propre de l'art ? Les artistes ne seraient-ils pas après tout, tous des glaneurs en soient ? Mais alors, qu'est ce qui fait la force du glanage ? Il semblerait que ce soit dans un premier temps sa capacitéà interpeler et à créer un lien avec le spectateur. 

Car cette action est commune, parfois quotidienne, pour n'importe quelle personne qui vit et évolue dans une société rurale ou citadine qui laisse des choses de côtés. Pour bien glaner, il faut regrouper des petits bouts pour en faire un tout, ou s'emparer d'un ensemble pour en extraire quelques substances, il s'agit d'être aléatoire et de laisser une place au hasard, tout en procédant à une sélection drastique et une organisation sans faille. 

C'est donc une force mais aussi un obstacle car osciller entre différents fragments peut rendre fou autant que sage. Mais la force du glanage au sein de ce projet réside aussi dans une idée essentielle, celle d'aller récupérer chez l'autre des fragments pour donner naissance à des créations. 

Ce projet oblige donc les artistes à adopter deux postures ; à la fois celle du « donneur » et celle du « preneur », et à défaut d'être un glaneur inconscient comme peuvent l'être certains créateurs aujourd'hui, les artistes du Glanage se doivent de penser les relations qui se lient entre eux, ils se doivent de penser l'idée que d'aller récupérer des éléments chez les uns et les autres n'est pas un acte anodin. 

A l'ère du numérique et de l'image immatérielle, à l'ère ou un nombre d'informations incalculables circulent à vitesse grand v, le glanage souhaite amener les artistes et le spectateur àêtre responsable. Etre responsable, c'est à dire à ne plus avoir peur du fait que toutes les créations artistiques sont interdépendantes et que cela est très bien si chacun assume qu'il n'est jamais innocent.  

Le Glanage en tant que projet l'a compris, l'assume, en joue et tente même de mettre à mal ces réseaux de créations qui se créent, tout simplement en les questionnant et en les réinventant. C'est une idée séduisante, car en plus d'ouvrir le champ des possibles, le Glanage peut jouir de sa force poétique. Car le glaneur, de tout temps, à travers tout continent fut incarné par les plus belles figures des sociétés. 

Le glaneur était le mendiant autant que le paysan, l'artiste autant que le fou du village, le croyant autant que l'enfant. Aucunement besoin de ruines, de fins, de morts, ou de sacrifices, le glaneur évolue sur un territoire connu mais procède par infimes déplacements. Il marche le glaneur, sur les routes qu'il connaît par cœur, mais parfois, penche la tête, ramasse, amasse et créé.